Blog de Moudjahed

Oranie profonde

17
juin 2012
Temoignages de Zouaoui Bencheikh
Posté dans Sidi bel abbes today ! par moudjahid à 1:16 | 3 réponses »

 Témoignages :1 -

CCP et conseils désignés par

ben-cheikh-150x150.jpg

 

Zouaoui bencheikh ! » 

29-05-2011 10:21:

Délégations Spéciales et conseils communaux provisoires ont été toujours le crédo des adeptes de la transition.

Chers lecteurs de « BAI » : j’ai le plaisir de partager avec vous un témoignage poignant d’un homme du cru , vrai autochtone de notre ville et personnalité intègre et de valeur qui manque malheureusement par les temps qui courent .

Aberrant comme situation : le pays ne fait appel à eux que dans les moments difficiles qu’il traverse et que la machine de fraude électorale érigée comme système d’élection en Algérie éliminent au premier tour ..

Voici le témoignage de Zouaoui Bencheikh , qu’une source a voulu nous faire partager après avoir eu l’accord tacite et verbal des proches de l’auteur .

Cette contribution de l’auteur porte sur une période provisoire de gestion des affaires communales , si courante dans la transition , qui perdure dans les institutions locales . La preuve : même le ministre de l’intérieur et des collectivités locales : Daho ould kablia l’a souligné le 24 avril dernier :

le récent code communal adopté par le parlement est provisoire .

en précisant :

Ce texte « demeure provisoire jusqu’à ce que l’on trouve les moyens d’examiner de quelle manière doit fonctionner l’État algérien dans le cadre de la répartition des pouvoirs entre l’autorité centrale et les autorités décentralisées »

Écoutons Monsieur Bencheikh !

C’est quoi le CCP ?

L’instrument qui permet de faire les queues devant les bureaux de poste ?

Oh que non !

Il y a vingt ans, mes quatre amis et moi, avions vécu une exceptionnelle expérience, celle de connaître, ou plutôt de subir, la gestion de la commune de Sidi-Bel-Abbès.

C’était l’époque où les nouveaux partis politiques se constituaient encore.

La fin du mandat de la dernière APC–FLN-parti unique arrivait. C’était en décembre 1989.

Les nouvelles formations politiques n’étant pas encore prêtes pour affronter les élections nouvelles, c’est-à-dire pluralistes, cette consultation fut reportée de six mois.

Ainsi, les communes se sont du jour au lendemain retrouvées sans APC.

Mais comment fonctionneront donc ces collectivités durant ce vide ? La solution a été vite trouvée. Les CCP (Conseils communaux provisoires) ont été créés pour gérer les affaires courantes des communes et surtout de préparer ces élections new look.

En ma qualité de membre exécutif de la wilaya, j’avais eu le grand honneur d’être désigné président de ce CCP, épaulé par quatre membres.

Le choix de ces collaborateurs n’était pas le mien.

Il était celui de la wilaya. Mais il fut heureux. D’abord, il s’agissait de quatre bonnes vieilles connaissances, voire des amis. Ensuite, c’étaient quatre baroudeurs et non des moindres, que j’avais à mes côtés.

Je les cite en vrac. Il s’agissait tout bonnement, et tenez vous bien :

- d’un professeur en médecine, chef de service au CHU et professeur à l’Université. De plus courtois, de plus discret et de plus gentil que lui, il n’y en a pas. C’est pourquoi, tout ce qui se rapproche à la Santé lui a été infligé, c’est-à-dire l’hygiène coûte que coûte. De l’assainissement à la lutte contre les moustiques. Du ramassage des poubelles à la remise sur pied des camions-bennes en panne. Y compris le social. Bref, tous les problèmes que rencontre le citoyen dans son quotidien.

- d’un polytechnicien, cadre dans une grande société nationale. Mathématicien et cartésien à souhait, donc plein de logique et de pragmatisme. Ainsi, avec lui, surtout pas de démagogie ou langue de bois. Il avait été chargé des affaires administratives et financières (gestion des biens de l’APC incluse), ce qui se mariait bien avec son travail professionnel.

- d’un directeur de collège (le vrai Collège), enseignant d’avant l’indépendance et que la nature a doté d’une immense culture. Vraie bibliothèque ambulante. En le côtoyant, j’apprenais toujours quelque chose. Etre directeur de collège, c’est éduquer des adolescents. Donc, il connaissait sur le bout de sa belle plume toute la problématique de la jeunesse. Ces qualités l’ont destiné à affronter tout naturellement les problèmes liés aux affaires culturelles et sportives de la commune.

- d’un ingénieur en génie civil (et directeur de wilaya). Ce dernier était un peu le père de tous les projets que nous avions trouvés. Par conséquent, les infrastructures de la ville, c’était lui et ça ne pouvait être que lui. Bien sûr, sa tâche a été de relancer et d’achever les chantiers existants. Mais la corvée qui lui avait été collée était surtout de se débrouiller et de ficeler des nouveaux projets. Et si possible, gratis pour la commune, c’est-à-dire à partir des sous de l’Etat.

Un dénominateur commun à cette bande de complices : la sagesse.

Celle-ci a été souventes fois mise à contribution par mes amis pour tempérer mes ardeurs parfois trop débordantes. Pour moi, ils constituaient un solide pare-choc.

La répartition des tâches entre les membres n’était également pas la mienne. Elle fut celle de mes quatre amis, réunis en conclave secret. En mon absence, ils avaient tout simplement décrété et d’une manière unilatérale de ne m’affecter aucune charge particulière, ce qui était très gentil de leur part.

Le rôle auquel ils m’avaient condamné était tout simplement de représenter la commune au niveau de l’administration et auprès des citoyens. C’est-à-dire affronter la colère de ces. Rien que cela. Comme nous étions au lendemain d’octobre 1988, ils ne pensaient pas si bien faire, car avec leur répartition, j’en ai vu des vertes et des pas mûres.

Merci, chers amis, vous étiez obligés d’agir ainsi, car il n’y avait pas d’autre alternative. Comme vous, le président doit également aller au charbon.

Avec ces gens-là, une chose qui me confortait dans ma position de maire : pas de retrait de confiance, comme maintenant. Donc mandat assuré.

Ceci étant, et comme on le dit chez nous, dans mon village natal, « da3wet el kheir ».

Car, il faut le faire maintenant.

Se retrouver maire et adjoints d’une grande ville sans passer par la dure épreuve des élections, c’est-à-dire sans grenouiller dans les couloirs feutrés des administrations et des partis en distribuant des salamalecs avec un large sourire commercial, sans caresser dans le sens du poil les responsables de partis et leurs adjoints, sans se battre pour figurer sur une liste, sans faire de campagne démagogique, et encore moins, sans sortir, la nuit noire, en catimini, frapper secrètement aux portes des connaissances pour quémander quelques hypothétiques voix….

Alors, qu’appelle-t-on cela, chez nous ?

Le seul problème, c’est que nous n’avions pas de secrétaire général, le titulaire du poste étant sorti en retraite le jour même de notre désignation.

Pour pallier cette déficience, l’unique recours était d’amener dans l’arène son second. Et là encore, le choix fut extraordinaire car il s’agissait d’un juriste et d’un vrai. Il connaissait tous les codes, toutes les réglementations, brefs tous les textes nécessaires et indispensables à une bonne gestion communale. Même l’avalanche des nouveaux textes sociaux. Et puis, c’est quelqu’un qui se donnait à fond pour la chose communale.

De plus, de par son statut d’ancien chef du personnel, il connaissait, un à un, les douze ou treize cents agents sur lesquels il possédait un ascendant certain.

Sans nous, il aurait pu diriger la boîte tout seul, tant sa compétence était grande et reconnue.

Et comme le hasard fait bien les choses, il avait la même sagesse et le même doigté que les quatre membres.

Tout le monde étant en place, il fallait commencer. Mais par quoi ? Gestion des affaires courantes, nous le voulions bien…. Seulement, six mois étaient assez longs pour parer uniquement aux urgences. Et puis, il faut toujours se rappeler que nous étions au lendemain d’octobre 1988.

Il y avait trop de demandes, trop de problèmes à résoudre. La population ne pouvait jamais comprendre que notre rôle consistait en la simple évacuation des affaires dites courantes.

Alors, nous décidâmes de notre leitmotiv :

« Achever et compléter ce que nos prédécesseurs ont entamé. Faire également quelle que chose d’autre, selon nos possibilités. Essayer d’améliorer le quotidien des citoyens en attendant les suivants. »

Comme nous avions également la charge d’organiser les premières élections pluralistes, notre devoir était aussi de rester neutre. Cette neutralité, il fallait l’observer et surtout, l’imposer, ce qui n’a guère été facile.

Les débuts furent un peu difficiles car il fallait non seulement parer aux urgences, mais également faire un inventaire de ce qui n’allait pas, chacun dans son secteur. Alors, chaque membre partit de son côté pour la grande aventure et rendez-vous fut pris tous les jeudi matin pour la réunion hebdomadaire.

Pour ma part, j’avais passé mes trois premiers jours à signer. Pour débloquer les affaires de la commune, je paraphais tout. Mandats, décisions (malheureusement établies en arabe, car là fut mon problème), tout a été expédié.

Note : d’autres contributions sur le sujet de Mr Zouaoui Benchikh seront prochainement mis en ligne et je manquerais pas de partager avec tous nos lecteurs : car je considère que c’est un patrimoine de la wilaya de sidi bel abbes qui est maintenant du domaine public par sa publication  .

Je vous souhaite bonne lecture . @Moudjahed

ben-cheikh-150x150.jpg

 

 

Après avoir paraphé des centaines de documents durant mes trois premiers jours sur le koursi municipal, je résolus à jouer mon vrai rôle de Maire.
Je m’aperçus qu’à la commune, tout le monde commandait, sauf moi, le Maire.
Je ne faisais que signer. Et regarder sans ne rien comprendre. Que se passait-il ?
Le secrétaire général, le pauvre, sincèrement, je l’embêtais. Pour un oui ou pour un non, je l’appelais.

Vingt ans après, je lui demande encore une fois d’excuser mes ignorance et incompétence!
De fil en aiguille, je découvrais peu à peu que les services techniques de la wilaya  et de la daira, c’est-à-dire les Directeurs d’exécutif et leurs subordonnés, bref, tout le monde, avaient pris pour habitude de traiter directement avec les différents services de la commune.

En fait, il s’agissait surtout d’ordres que la commune se devait d’exécuter.
Devant ce constat, mes rares cheveux se sont dressés.
J’ai eu tout de suite le sentiment d’être un roi sans royaume, un monarque sans sujets, un tsar sans empire.
Certes, je possédais le trône et la couronne. Mais pas le sceptre.
Tout le monde gérait, sauf moi. Suis-je le Maire ou non ? Si oui, il faut bien que je serve à quelque chose.
Il était donc indispensable que ces intrusions cessent car je me devais de recouvrer mes attributions. Et dans leur totalité. Question de nif.
Comme je suis impulsif, j’ai tout de suite pensé à l’inévitable bagarre.
Mais la bagarre contre qui ?

Contre mes collègues-directeurs, c’est-à-dire ceux que j’allais rejoindre dans l’exécutif de wilaya quelques mois après l’achèvement de ma mission ?
Alors, la mairie ou les collègues ? Il fallait choisir. Douloureux dilemme. Pour moi, c’était du pur Corneille.
J’avais saisi l’occasion d’une réunion de l’exécutif de wilaya pour m’expliquer avec ceux qui ont osé commettre cet immense crime de lèse-majesté.
Alors, avec toute la diplomatie qui doit seoir en pareille circonstance (il ne fallait pas que ces collègues-directeurs se fâchent), je leur ai affirmé qu’ils étaient tous sympas, que tout ce qu’ils faisaient était bon, puis ai sollicité de leur part une aide encore plus accrue.
Seulement, avais-je ajouté, il fallait que nous en discutions d’abord autour d’un thé car,  en ma qualité de Maire de la ville, je me devais d’être préalablement informé de leurs lumineuses, nécessaires et combien utiles idées, interventions et décisions.
Tout le monde avait  compris la frustration et le complexe que je nourrissais, car une franche rigolade avait suivi mes propos.
Non seulement je redevins le Maire de la ville en reprenant toutes mes attributions, mais mes amis-directeurs se bousculaient pour m’épauler et rendre service à la commune.
Depuis ce jour, mon trône ne vacillait plus.
Je pouvais régner en toute quiétude.

ben-cheikh-150x150.jpg

 

Témoignage : – 3 – La grève des bus par ZOUIAOUI bENCHEIKH » 01-06-2011 11:04:

A rappeler que nous étions fin 1989. Donc juste après octobre 1988.
La contestation, les grèves, les demandes de départ des directeurs, les meetings, tout cela meublait l’année 1989.

Un mardi, dès huit heures, l’on vint m’informer qu’une grève était enclenchée au niveau de l’entreprise communale de transport urbain.

Je m’enquis de cette affaire et demandai que les auteurs de cet arrêt de travail s’expliquent dans mon bureau et sur le champ. Une demi-heure après, ils étaient arrivés. Il s’agissait du syndicat. Pas l’UGTA, mais celui qui avait été fraîchement constitué dans le sillage d’un nouveau parti, à l’époque, conquérant.
Je n’étais pas seul en face. Devant une situation que j’estimais grave au regard de ses conséquences, je m’étais flanqué du secrétaire général et des membres du CCP.

En ces temps-là, les revendications étaient pratiquement les mêmes pour l’ensemble des entreprises du pays et la véhémence, voire la violence des propos, régnait.

Partout, on exigeait d’abord le départ du directeur. Ensuite, les demandes de toutes sortes.

Pour notre part, nous avions eu droit au même scénario. Sauf la véhémence, car la discussion était très sereine.

Cette sérénité était due à la sagesse des membres du CCP qui ont su, pour la circonstance, utiliser une main de fer drapée de deux couches de bon velours.
Les exigences des grévistes ?

Le Directeur à mettre à la porte, des augmentations salariales, des aménagements des horaires, le paiement de rappels etc…
Grâce aux conseils que m’avaient prodigués par mes amis du CCP, j’ai patiemment écouté les exigences de mes interlocuteurs. Alors, avec toute la douceur voulue, je leur fis remarquer :

* primo : qu’il fallait évacuer la question du directeur, car le maintien ou le départ de ce responsable ne devrait relever que de l’unique compétence de son employeur, c’est-à-dire la Commune,

*secundo: qu’aucune des revendications évoquées n’avait été portée à la connaissance de la commune,

*tertio : que cette grève était illégale du fait qu’il n’y a pas eu de préavis,

*quarto : que la commune ne pouvait se permettre, par la faute d’une décision irréfléchie, une perte journalière de recettes de 30 à 40 000 DA par jour, ce qui était pas mal pour l’époque.

J’ajoutais que la Commune, dans sa grande magnanimité,  n’allait pas déposer de plainte pour grève sauvage.

Bien plus, elle était prête à examiner les revendications, sauf, bien entendu, celle ayant trait au directeur. Il convenait donc de laisser la liste de ces « désirata » et rendez-vous fut pris pour le jeudi suivant.

Comme préalable, j’avais exigé la reprise du travail pour le lendemain, faute de quoi, et j’avais  juré, par Dieu et par les Saints, de dissoudre l’entreprise dans les 24 heures, et ceci sans possibilité aucune de reprendre les travailleurs.
Miracle.

Le lendemain à l’aube, les bus ont commencé à rouler de nouveau.
Là, on pouvait discuter le jeudi à 09 heures.

Jeudi matin, réunion. Pour certains points, comme les retards de régularisation d’indemnités ou autres droits que la loi pévoit, les représentants des travailleurs avaient complètement raison.

Mais question du départ du directeur, point. D’ailleurs, nous n’avions plus discuté de cette question puisqu’elle avait été déjà été évacuée.

Car, pour nous, exiger le départ de son patron, c’était le monde à l’envers. L’ordre des choses implique que l’on ne choisit pas son directeur.

Pour ne pas céder à cette nouvelle mode au nom de laquelle d’excellents gestionnaires avaient été sacrifiés sur l’autel de la « démocratie » ou plutôt sur celui de la recherche d’une paix sociale, mes amis et moi nous nous devions, dans ces circonstances, soutenir ce responsable, « dhalem ou la madhloum ». C’est ce que l’on a fait. D’ailleurs, ce dernier menait très bien sa barque et ne méritait certainement pas qu’on le dégommât simplement parce que certains travailleurs l’exigeaient.

Quant à la menace de dissolution, c’était  réellement sérieux, et cela aurait été dommage pour les travailleurs.

La commune avait la charge l’actif et du passif de ses entreprises. Une saine gestion des deniers de la collectivité imposait cette prise de décision, même impopulaire. Conserver une entreprise qui n’équilibre pas ses comptes, c’était piocher dans la caisse de la commune. Or, surtout pour notre ami du CCP chargé de l’administration et des finances, nous nous devions par tous les moyens de protéger la caisse.

D’ailleurs, c’est ce que nous avions fait avec l’entreprise communale de construction qui était au rouge sur toute la ligne.

Heureusement, la raison a prévalu, et nous pûmes éviter cette fâcheuse décision.
Seulement le CCP ne savait pas qu’en brandissant cette menace, il était déjà champion en la matière car, par rapport à maintenant, il était  en avance de trois lustres.

La seule différence, c’est que, l’entreprise n’aurait, à coup sûr, pas été bradée.

ben-cheikh-150x150.jpg

témoignage n° 4

par Bencheikh Zouaoui :Une journée ordinaire de maire » 14-06-2011 19:35:

Bencheikh Zouaoui témoigne :

Une journée ordinaire de maire.

La semaine passée, nous avons mentionné qu’hebdomadairement, nos lecteurs allaient trouver un témoignage d’un acteur sur la vie locale. Pour le début, ou le lancement de la rubrique, c’est avec notre grand ami Bencheikh Zouaoui, qui fût président du CCP (Conseil communal provisoire) de la ville de Sidi Bel Abbes dans les années 90,  période très tumultueuse , ou le pays avait besoin de commis de l’état téméraires, pour sauvegarder le service public, en attendant le renouvèlement des APC (Assemblées Populaires Communales), que ceci fût opéré par un premier témoignage. Notons que ce choix est fortuit, et que très peu de commis de l’état, ou élus n’ont pu laisser au niveau des institutions étatiques des archives, et cela est un maillon très regrettable. Passons pour laisser notre source évoquer son quatrième témoignage.

Le hasard a fait que j’habite à 60 mètres de mon bureau de maire. Bien sûr, le chauffeur ne vient pas me chercher.

Un peu avant 8 heures, je sors de chez moi après avoir imploré Dieu pour que la journée se passe correctement.

Aujourd’hui, exceptionnellement, il n’y a aucune réunion. Je peux donc m’occuper sérieusement de l’APC.

Une foule devant la mairie. Comme on me connaît, ces 60 mètres me coûtent énormément d’interpellations.

Beaucoup d’embrassades. Chacun se prévaut d’être mon cousin ou mon ami. Quel bonheur : je découvre que tous les gens m’aiment.

Ces 60 mètres, c’est mille réels problèmes que  je ne peux pas tous régler. Ce sont des lettres que j’enfonce dans ma poche. Ce sont des discussions avec des vagues «on va essayer de faire quelque chose ».

Mais, en dépit de ces constats amers, jamais je ne pouvais imaginer l’immense désarroi de certains habitants de la ville et l’ampleur des difficultés qu’ils rencontrent.

On dit que les politiciens – et donc les maires – mentent.

Expliquer que ce n’est pas possible ?  Combien vous croiront-ils ? De toutes les manières, quand on avoue  son impossibilité, on vous prendrait pour un menteur.

Pour ma part, je promettais, et d’une manière sincère, d’essayer de faire quelque chose. Sans trop donner de faux espoirs.

Mais un maire qui ne règle pas le problème des gens, qui l’eût cru ?

Car il est proclamé officiellement  que la mairie est la cellule de base. Et donc le maire est la solution à tout.

Et tout le monde qui afflue vers ce maire aux mains vides. Car, et c’est malheureux, il ne dispose pas de moyens, ni de pouvoir, pour solutionner tous les problèmes des citoyens en détresse.

S’adresser ailleurs ? Le peuple ne connaît pas ailleurs.

Et cet ailleurs qui est détenteur des vrais pouvoirs, ses portes sont-elles vraiment ouvertes ?

Pour certains cas, j’invite les requérants à passer me voir. Mais pas tous, car il m’aurait fallu des journées de 48 heures. Et des tonnes de promesses souvent pas tenues.

Car la mairie, c’est l’état-civil, c’est l’urbanisme, c’est l’hygiène, c’est la réfection des rues, c’est l’environnement, c’est la distribution de lots de terrain, c’est le débouchage des égouts, c’est l’emploi, c’est la construction  de salles de classe, c’est la lutte contre les moustiques, c’est le social  etc. Tous les problèmes sont sur les épaules de la mairie. Rien que de la basse besogne. Bref, une véritable fabrique de mécontents.

8 h 45. J’arrive enfin au bureau.

Je commence par extirper les lettres de ma poche.

Beaucoup de demandes de logements.

L’APC n’a pas de logements. L’unique solution, c’est d’intervenir à titre personnel. Mais pour combien de cas ? Si j’exagère, on m’envoie balader, car tous les responsables savent que je ne suis maire que pour six mois et surtout que je ne peux pas leur renvoyer l’ascenseur.

Beaucoup de demandes d’emploi. Ce n’est également pas possible, les postes budgétaires de la commune étant au complet. Et puis il y a la question du budget. Voir ailleurs pour ces citoyens ? C’est exclu.

Demandes de lots de terrains. Là, j’avais la partie belle parce qu’il était interdit au CCP d’attribuer un quelconque lopin. Je pouvais donc répondre par écrit,  avec ma belle plume, car j’étais à l’aise.

On m’apporte le courrier.

C’est, pour la matinée, une bonne douzaine de parapheurs.

Je signe sans demander. Une confiance réciproque s’était établie entre le personnel de l’APC et moi-même.

D’ailleurs, et vingt ans après, cette même confiance demeure entre les survivants de l’administration communale et ma personne. Je suis, du reste, content et fier de cela, car certains m’appellent toujours « Monsieur le Président» ou « Monsieur le Maire ». (*)

La secrétaire m’apporte un listing des coups de fil reçus pendant que j’étais, dehors, en train de faire des vagues promesses aux citoyens.

Longue liste. Heureusement que le téléphone portable n’existait pas encore. En fin de compte, ce n’est pas une bonne invention pour les présidents d’APC.

Je demande à ce que l’on me passe ceux qui m’ont appelé. Sauf le wali que je contacterai tout seul par le quatre chiffres.

Dans la plus part des cas, il s’agit de réunions techniques. Pour leur plus part, ce sont les membres du CCP qui assistent, accompagnés des agents concernés.

Le secrétaire général vient me voir avec son lot de problèmes.

Nous essayons de les régler ensemble. En tentant de marier les textes avec la logique et les besoins.

Souventes fois, ce mariage à trois est impossible. Ce sont toujours les textes, avec leur froide rigueur, qui prévalent. Jamais la logique ou les besoins.

Une question se pose : pour régler les problèmes des citoyens en détresse, que faut-il changer : les textes, la logique ou les besoins ?

On essaie d’autres ingrédients. Heureusement que le secrétaire général était fort. Il me suggère, pour résoudre ces équations à plusieurs inconnues, des solutions, même si elles sont parfois à la limite de la légalité.

L’agent de service entre. Il m’annonce la visite de X, important responsable de quelque chose.

Je suis condamné à le recevoir. Motif de la visite : lot de terrain, bien sûr. Et quel lot ! Là, je n’avais pas à mentir. Ouf, enfin pas de promesse. Alors, poliment, j’explique que mon pouvoir temporaire m’interdit de n’attribuer aucun centimètre carré et, que malheureusement, je ne peux accéder à sa « légitime » demande. Toutefois, lui conseillais-je, il pourrait s’adresser au wali pour une éventuelle dérogation, mais qui doit être écrite noir sur blanc et signée par le patron lui-même.

Généralement, mon interlocuteur estime que « c’est quelque chose de simple et de facile. Vous pouvez le faire, Monsieur le Président, et nous sommes là en cas de besoin ».

Là en cas de besoin… Et les autres demandes ?  Et les autres citoyens qui ne peuvent me voir que les jours de réception ? Eux, n’ont-ils pas aussi des enfants à abriter ?

Encore un ennemi potentiel, parce que non satisfait. Pour lui, je deviens un salaud, et il m’attend certainement au tournant.

Il est déjà 12 h 30.  Je sors sur les genoux  et promets à ceux qui attendent dans le couloir que j’en ai pour cinq minutes. Je  pars chez moi avaler debout quelque chose. Un quart d’heure après, je reviens à la galère.

Re-parapheurs à signer.

Re-réception exceptionnelle des privilégiés. Le bas peuple n’a qu’à attendre les dimanche et  mardi.

Re-problèmes des citoyens. Quand il s’agit de nids de poules, d’éclairage urbain ou d’égouts bouchés, je trouve tout de suite la solution, car je dispose, heureusement, des moyens voulus. Là, tout le monde est enfin content. Moi aussi d’ailleurs.

18 h. fin d’après midi. Fin de la journée. Je peux enfin voir mes enfants.

Non, car la tournée nocturne va commencer.

(*) Cela n’empêche pas le fait que, maintenant, je ne peux accéder librement à la mairie.
Par Bencheikh Zouaoui

 

temoignage N°5 de Zouaoui Bencheikh : La tournée nocturne. » 20-06-2011 12:00:

Bencheikh Zouaoui témoigne : La tournée nocturne

ben-cheikh-150x150.jpg

La semaine passée, nous avons mentionné qu’hebdomadairement, nos lecteurs allaient trouver un témoignage d’un acteur sur la vie locale.

Je prends une voiture pas trop voyante. Par celle du maire que tout le monde connaît. Un calepin et un stylo. Des fois, je me fais accompagner.

Le centre-ville ? J’y habite. Je ne le connais que de trop. C’est là où tous les officiels viennent. Donc pas de problèmes et pas de tournée ici.

Je choisis au hasard un quartier populeux. Je parcours ses rues. Je m’arrête. Je note les nids-de-poule, les ordures ménagères non enlevées le matin, les ampoules qui ne s’allument pas, les égouts éventrés qui exhument leurs eaux noirâtres et nauséabondes….

Le matin, je donne la liste de mon triste constat au secrétaire général. Celui-ci m’indique, pour certains cas, qu’ils lui ont déjà été signalés par les autres membres du CCP.

Le soir, je refais le même parcours. C’est bon, les services techniques de la mairie sont passés.

Un autre quartier. Ici, toutes les rues ne sont pas éclairées. Panne du réseau de l’APC puisque les habitants ont la lumière chez eux. Je me rends à la permanence. Je signale. L’équipe de l’éclairage sort aussitôt.

Le lendemain soir, un autre quartier. C’est kif-kif.

Une semaine de rondes nocturnes encore. Tristes constats. Je continue mes sorties encore quelques soirs.

Et puis, miracle, car les miracles existent.

Au gré de mes visites, je ne trouve plus rien à signaler. Mais que se passe-t-il? Quelques rondes encore, et c’est le même constat.

Magnifiques agents de l’APC. Je pense qu’ils ont du nif.

Rester les bras croisés jusqu’au moment ou leur Maire leur signale là où ça ne va pas, alors que c’est leur travail? Jamais. Ils n’ont pas admis ma démarche, ni celles d’ailleurs de mes amis du CCP qui eux, sont plus présents sur le terrain que moi.

Ces agents ont donc décidé d’effectuer les tournées eux-mêmes et d’exécuter leur travail sans qu’on le leur commande.

A ce moment là, j’avais alors réellement compris ce que voulait dire l’adage « l’exemple est la meilleure forme d’autorité ».

Un soir, je décide de me rendre dans un quartier où tous les officiels et « notables » n’y vont pas. On l’appelle, par pudeur administrative, le « quartier réservé ».

Au fait, nous sommes forts en linguistique française. Les qualificatifs, c’est notre rayon. Les éditeurs de dictionnaires français devraient venir s’inspirer chez nous.

Une visite dans ce quartier, cela fait mauvais genre.

Mais au diable les qu’en dira t’on ! Je prends le risque et je m’y rends quand même. Ce quartier  fait partie de la ville. Et se situe même au centre de l’agglomération, car si on devait tracer un cercle autour de la ville, la pointe du compas y serait plantée.

Mon Dieu, quel constat.

Chaussées, ou ce qu’il en reste, totalement défoncées, éclairage public défectueux, voire inexistant, rues et trottoirs boueux…

A mesure que j’avance, et dans l’obscurité que les phares du véhicule percent à peine, je devine dans un coin une tonne d’immondices, je vois là bas des gros rats qui s’amusent en toute quiétude, puis, sur ma droite une personne affalée sur un carton boueux. Partout des ordures. Partout de la boue. Je baisse la vitre pour mieux voir. La voiture est aussitôt inondée par des éclats de voix stridentes mêlées à des bruyants sons de musique qui débordent les murs bas de ces « houaches » délabrés….

Déchéance d’un quartier et déchéance humaine.

Alors que les pneus pataugent dans la gadoue et parfois s’enfoncent jusqu’aux moyeux dans les gros nids-de-poule, je me demandais comment cette partie de la ville pourrait être un jour réhabilitée.

Écœuré, je rentre au paradis c’est-à-dire au centre-ville, là où tout va.

Le lendemain, j’ordonnais l’enlèvement des immondices, la réparation des chaussées et celle de la lumière.

Deux jours après, je reçois le chauffeur du wali. Il me tend une enveloppe ouverte qu’il était chargé de me remettre en mains propres. Il s’agit d’une lettre adressée au wali par des « notables de la ville ». Ces derniers dénoncent les agissements néfastes du maire qui s’est rendu dans un endroit que leur bonne morale réprouve, et fait aggravant, avec le véhicule du service.

Au fait, ces gens là, m’avaient-ils vu dans ce quartier?

Et, si oui, qu’y faisaient-ils ?

 

PAR Moudjahed

Fil RSS 2.0. Vous pouvez répondre, ou faire un trackback depuis votre site.

3 réponses:

Laisser un commentaire

Des risions...risibles...li... |
Journaliste en herbe ... |
IMMOBILIER-MONTEREAU |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Fedasil WSP
| Buzz Annonce
| derrierelavitre