Blog de Moudjahed

Oranie profonde

10
juil 2013
LE PROGRES DE SBA » : HISTOIRE D’UNJOURNAL
Posté dans Culture Generale par Moudjahed à 7:09 | 71 réponses »

« LE PROGRES DE SBA » :

HISTOIRE D’UN JOURNAL

M. Bey Mourad OTMANE-TANI est natif de Sidi-Bel-Abbès et actuellement retraité de L’APS à alger. Il nous a fait parvenir cette contribution qui retrace la vie de notre « confrère »   le Progrès de Sidi-Bel-Abbès. Riche en évènements, cette contribution nous relate à travers la vie d’un journal, celle de toute une ville durant la période coloniale.

HISTOIRE D’UN JOURNAL

1883 – 1963

De 1893 à 1939 trente et une années de publication sont disponibles aux archives, soit 1585 numéros de ce journal. C’est en consultant cette collection que j’ai pu reconstituer quelques pages de ce journal qui a appartenu à la famille pendant trente trois ans, de 1930 à 1963. Si l’histoire en a interrompu brusquement la destinée, le lien qui nous relie à ce titre est suffisamment fort pour tenter de le préserver et de transmettre quelque chose de son histoire à ceux qui n’ont pas vu de leurs yeux, son titre inscrit sur la façade de
l’immeuble du 22 rue Catinat à Sidi-Bel-Abbès.rue catinat_journal

Mais avant de feuilleter ces archives, il me plait de me rappeler ce que représentait pour moi ce journal et l’imprimerie qui portait son titre : Le Progrès de Sidi-Bel-Abbès !

 

Mon Progrès à moi, c’est bien sur le grand-père mais avant tout et à son époque, mon père, Gilbert de Murcia ! Il était le vrai patron de l’imprimerie, le « prote ». C’’est le terme exact, celui dont on qualifiait déjà son père, notre grand-père, à plusieurs reprises dans les annonces du périodique.

(Voir annexe 1)

Contrairement à ce qu’il avait été auparavant, ce journal, était pour lui davantage une charge administrative qu’un organe de presse. Du fait de l’existence même de l’imprimerie il était dans l’obligation d’y insérer des actes administratifs divers. Mais autour de ces actes et pour compléter cette page recto-verso de papier journal, il fallait bien trouver matière à publier !

C’est ainsi que le journal accueillait les textes des poètes locaux (C’est Paul Bellat et son poème sur l’hélicoptère qui arrivent à ma mémoire en cette occasion) et des articles tous rédigés et qu’on pouvait insérer sous une forme publicitaire. (C’est ce qui explique l’abonnement gratuit dont on bénéficiait de la part de Paris-Match).

Mon Progrès à moi, c’était le jeudi – notre jour de congé à l’époque – dont il fallait parfois consacrer par punition, une partie de l’après-midi à relire en doublon le journal avant impression pour vérifier qu’il n’y avait ni faute ni coquille. Dans l’oreille aussi j’entends encore cette façon qu’on avait de relire en détachant chaque mot !

Mon Progrès à moi c’est la machine d’Hector ! Hector… non pardon,Monsieur Hector ! C’était le plus ancien typographe de l’imprimerie. C’est lui qui avait la charge de conduire l’immense machine à imprimer les affiches. Elle occupait une grande place dans l’atelier ! Hector était perché à près d’un mètre du sol et glissait les feuilles de papier affiche une à une dans le rouleau qui passaient
sur la « forme » et ressortaient ensuite à l’arrière, rabattue par une série de bras en bois…
Monsieur Hector, tenait aussi en dehors de ses heures d’atelier, la caisse du Cinéma l’Empire. Et c’était auprès de lui qu’on pouvait quémander des « places de faveur » pour aller au cinéma le jeudi. Il y avait bien une douzaine de typographes dans cette imprimerie. Outre mon père et l’oncle Yvan, il y avait Fernand («Tonton Fernand » comme il souhaitait se faire appeler en plaisantant ! Son poste se situait juste à la montée des escaliers) près d’Yvan, il y avait aussi Carasco, et un autre ouvrier dont le regard torve ne m’inspirait pas confiance. Et il y avait aussi un apprenti arabe que mon père avait surnommé « Jeantou » ! L’oncle Nounou, lui était côté librairie-papèterie et responsable aux écritures.

Photo prise en 1951 environ. On reconnait sur cette photo Fernand, Joseph Martinez et ses trois enfants, le grand-père, Hector, Angèle, Nounou, Carasco, Yvan et Gilbert.Photo prise en 1951 environ. On reconnait sur cette photo Fernand, Joseph Martinez et ses
trois enfants, le grand-père, Hector, Angèle, Nounou, Carasco, Yvan et Gilbert.

L’AVENIR DE BEL-ABBÈS
Avant de devenir Le Progrès de Sidi-Bel-Abbès, le journal portait un autre titre tout aussi engagé : L’Avenir de Bel-Abbès. L’Avenir de Bel-Abbès a été crée en 1883 par Paul PERRIER. Le N° 25 est le premier exemplaire du journal qui figure aux archives.

rue catinat_journal1

L’Avenir de Bel-Abbès se proclame « Journal agricole, commercial, industriel, politique et littéraire paraissant les mercredis et samedis. » Il est autorisé à publier les annonces légales et judicaires en Français et en Arabe. Il se vend alors par abonnement annuel de 12 F à Bel-Abbès et de 13F pour le reste de l’Algérie et la France.
C’est Paul PERRIER qui est rédacteur en chef et propriétaire de l’Imprimerie dans laquelle est tiré le journal. Cette imprimerie se situait alors dans la maison Terrin, rue Chabrière, près de l’église. Jusqu’au 14 mars 1885, Paul PERRIER, le propriétaire tiendra le rôle de rédacteur en chef. A cette date E BAUDRON qui était un rédacteur du journal devient rédacteur en chef. Il écrivait auparavant sous les pseudonymes de PAGANEL ou le VIEUX COLON, des articles à forte coloration colonialiste.

Trois ans plus tard, en 1886, le journal change de propriétaire. Il passe aux mains de Charles LAVENUE. C’est en septembre 1892 que parait le changement d’adresse, Rue Catinat, dans un ancien café.

rue catinat_journal2

E. BAUDRON en restera le rédacteur en chef.

LE PROGRÈS DE BEL-ABBÈS
C’est le dimanche 7 mai 1893 et dans sa onzième année, au numéro 1002, que « l’Avenir de Bel-Abbès » change de titre pour devenir « Le Progrès de Sidi-Bel- Abbès ».rue catinat_journal3Un éditorial précise dans ce numéro que si le titre du journal change, sa politique,  elle, ne changera pas. Il est toujours dirigé par son propriétaire,Charles LAVENUE. 

C’est alors un hebdomadaire de 4 pages paraissant le dimanche matin. Il estdistribué par abonnement annuel aux prix de 5F pour Bel-Abbès et le département, 7F pour le reste de l’Algérie, la Tunisie et la France.

Le sommaire de ce même numéro montre l’évolution du journal et son enrichissement rédactionnel depuis sa création.
Ainsi on trouve au fil des pages de ce numéro 1002 les articles suivants :

A la rubrique Questions algériennes, un article sur l’amélioration des services postaux sur Port-Vendres et Marseille.

Affaire de faux-poids : deux personnes accusées à tort dans cette affaire et réhabilitées se voient interdire de participer aux adjudications.

On retrouve aussi
- La chronique locale qui rappelle
- la fête des typographes, la

. (Voir
Annexe 2)

- que la fourrière publique a attrapé 38 chiens dont 8 ont été
abattus

- qu’un nuage de grêle a dévasté le vignoble.
- Un État civil avec naissances, décès, mariages …
- Un feuilleton historique qui relate l’expédition du Dahomey
- Une multitude de petites annonces et de publicité sur deux pages qui nous apprennent ainsi la tenue à Sidi-Bel-Abbès, d’une corrida entièrement menée pardes femmes !

Sidi bel abbes : Les arènesSidi bel abbes : Les arènes

L’Avenir du 6 septembre 1896
A l’avant-garde même, le N° 2092 des 6 et 9 janvier 1909 rapporte un article intitulé « la lutte contre le cancer. Une méthode marseillaise qui consiste à faire des applications d’étincelles électriques à haute tenson et à haute fréquence. »
En 1901, le journal parait deux fois par semaine, le mercredi et le samedi soir.
En 1909 à sa 28ème année d’existence, il devient bimensuel. Il parait le 1er et le 15 du mois au prix de 5F.
Le 28 août 1911 après le décès de Charles LAVENUE, une nouvelle société est formée qui comprend :
- sa veuve Marie Suzanne SEMMARTIN
- son gendre Henri Félix GETTEN et sa femme Betty LAVENUE
- et sa fille mineure émancipée Adèle LAVENUE
La société prend le titre de « Vve LAVENUE et Cie »

Le N° 2236 du 7 octobre 1911 annonce ce changement de direction du journal.
C’est Henri Félix GETTEN, gendre de Charles LAVENUE qui prend la direction effective du journal. Ce même numéro rapporte dans
un long article un incident diplomatique : le 2 juillet un bateau de guerre allemand croise au large d’Agadir.
Il rapporte aussi la création de l’école privée « SONIS »

Sidi bel abbes : Ecole de Sonis ; une cour de récréationSidi bel abbes : Ecole de Sonis ; une cour de récréation

Il rapporte aussi la création de l’école privée « SONIS »

DANS LES AUTRES JOURNAUX
Il existait au début du siècle, à Sidi-Bel-Abbès d’autres journaux comme Le Messager de l’Ouest. C’est J ROIDOT qui en est le
propriétaire gérant et XXX le rédacteur en chef en …
On peut suivre les évènements locaux en consultant les autres archives journalistiques de l’époque. Je relève dans la presse oranaise cette une de « La cravache oranaise » du 21 février 1909. La plume féroce de Maurice Bernard prend à parti ROIDOT le propriétaire du Républicain du Sud Oranais, journal bel-abbèsien, concurrent direct du Progrès !

UN NOUVEAU GRAPHISME
Entre 1911 et 1921 les archives manquent. Elles sont à nouveau accessibles avec le N° 2259 du mardi 4 janvier 1921. Ce jour-là, le journal parait avec la manchette que l’on a nous, toujours connue, en caractère gothique. Le nom de la ville parait en entier Sidi-Bel-Abbès !

sba les journaux

La direction a changé également. Le journal et l’imprimerie appartiennent désormais à Antoine Garcia. Il en assure la direction éditoriale et la gérance financière.
Le journal est alors hebdomadaire. Il parait à présent le mardi soir. Son abonnement est au prix de 12 F pour la ville, 14F pour le département et 16F pour le reste de l’Algérie et la France. (Soit l’équivalent en euros actuels)
DE GARCIA à MURCIA
Le changement s’est produit en trois étapes :
● Le 1er juillet 1930 Antoine GARCIA et Manuel MURCIA s’associent pour fonder la société « Imprimerie du Progrès A. GARCIA et Cie ».
La société a pour objet « l’impression et l’exploitation du journal Le Progrès de Sidi-Bel-Abbès et l’exécution de tous travaux d’imprimerie. »
La durée de la société est fixée à six années à partir du 1er juillet 1930. Le capital social est fixé à la somme de cent cinquante mille francs divisée en 150 parts (soit 81185 €) :

Il faut noter à cette étape du processus d’acquisition, que le nom de Manuel Murcia n’apparait pas dans l’intitulé de la société et que l’opération financière ne concerne que la partie imprimerie.
● Le 13 août 1932 papèterie et librairie sont annexées à l’imprimerie. La société prend alors la dénomination suivante : « Imprimerie, librairie, papèterie du Progrès A. GARCIA et M. MURCIA » (voir annexe 3)
Manuel Murcia apporte à la société la somme de 100 000 F (soit 61 857 €) – 35 000 F en marchandise et 65 000 F en espèce.
A. Garcia a la direction commerciale et comptable de la société ainsi que -seul- la direction politique du journal Le Progrès de Sidi-Bel-Abbès.
M. Murcia a la direction technique de l’imprimerie et du magasin Librairie-papèterie.

1 Manuel de Murcia, 2 Émile Guzman, époux d’Yvonne de Murcia soeur de Manuel, 3 Antoine GarciaOn peut nommer sur la photo :1 Manuel de Murcia,
2 Émile Guzman, époux d’Yvonne de Murcia soeur de Manuel,
3 Antoine Garcia

 

Nous invitons nos fidèles lecteurs  à suivre la lecture de ce papier en téléchargeant l’original de l’envoi de M Bey Mourad en cliquant sur le lien ci-dessous  :
LE PROGRES DE SBA HISTOIRE DU JOURNAL

 

  1. Moudjahed

    drôle de « confrérie »
    le « progrés  » avait un « prote » en chair et en os et connu mm historiquement .
    Par contre le collectif de « Bai » est vague et anonyme , excepté qq amis .

    Priere ne pas supprimer!
    c’est comme vous voulez , ni Hs ni pourri .

  2.  LE PROGRES DE SBA » : HISTOIRE D'UNJOURNAL dans Culture Generale

    zalamite

    bel abbes manque cruellement de référence, de model..de cet article on vois bien le coté  »art graphique » qui se cache derrière ce journal et aussi il ne faut l’oublier, que l’administration française était installé ici a bel ebbes..l’histoire de cette ville était modelé aussi par la forte demande en papier en encre et en tampon..c’est pourquoi les gens agissent par instinct en créant une école d’art..
    moi j’ai essayé de voir du coté du Sonis et la culture de la médecine en faisant une référence de cet école sur le plan régionale..Tlemcen est connu par le tissu mais malheureusement elle s’est gréffé sur la medecine commerciale qui lui avait perdre l’ancrage des traditions..Temouchent est connu par le pain et levains, Oran peut être doit chercher du coté de Boutlelis pour les agrumes et mers el kebir pour la pêche…Alger a eu son model Pasteur en microbiologie industrielle…l’identité par définition c’est toujours répondre a cette question  »le bel abbesien était quoi avant? », moi et ma famille étions dans le céréale et la jurisprudence mon arrière grand père était kadi nous avions eu toujours cette bibliothèque familiale composé par l’incontournable série de  »sidi khlile », donc rien d’étonnant chez les algériens d’être pluridisciplinaire..On reçoit de la connaissance de divers coins…Et détrompez vous avant il n y avait pas de barrières chez les monothéistes algériens, tu peux trouvé un musulman entrain de former chez un chrétien, un juif chez un musulman etc les portes étaient ouvertes, là ou tu voudras une formation tu la trouveras..cette divisons politique entre européen et algériens ne s’est faite qu’a la suite de l’apparition du mouvements de gauche lui n’était pas homogène et n’avait d’identité propre..
    a mascara on dit ‘’Aslouka Aslouka’’ car l’émir etait en face des individus armés venues de l’europe et qui ne savait pas d’ou ils venaient et d’ou été leurs origines..
    Sahha ftourkoum

 


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