Blog de Moudjahed

Oranie profonde

4
oct 2022

LE ROMAN DES NOBLES BEDOUINS PAGE 138

Le cadi connaissant parfaitement l’usage des convocations écrites et comment ne pas heurter la mauvaise volonté des puissants qui se croyaient au-dessus des lois, surtout celle d’une fondation pieuse comme la Zaouia Naciria de Tamegroute et face à ces résistances , décida d’une autre procédure. Car avec eux ! l’autorité de la convocation ne dépendait pas seulement du message écrit par le cadi, mais aussi de son porteur. . Après mures réflexions ! il trancha de recourir aux services du noble prince de Tafilalat pour faire adresser sa daa’wa (1) au puissant marabout de la Zaouia.
Suivant le récit de jilla à l’audience , ils se sont déjà rencontrés à l’entrée de Tamegroute , lors de sa victoire sur l’embuscade des mourides cagoulés. Cela va conférer une autorité accrue à sa convocation .
Le gholām , habitué des lieux , suivi du hagib , grimpa lestement l’escalier , traversa un vestibule , s’arrêta devant une porte grande ouverte encadrée de deux rideaux de velours rouge , retenus par des embrasses de la même étoffe et annonça à mi-voix : « Honorable Cadi ! votre hagib est là et attends vos ordres. » « Faites le entrer ! » répondit le cadi de derrière les rideaux. Le gholam souleva l’un d’eux et le hagib y pénétra dans la salle d’accueil. Le Cadi debout l’attendait , tenant un parchemin dans la main . Cette attitude le tranquillisa et il put discerner le but de sa convocation nocturne. Le cadi ayant remarqué le regard rassuré du hagib , lui tendit le parchemin et lui dit, d’une voix autoritaire : « Remettez cet ordre au noble prince Jilla ! -Je lui ordonne d’ aller à la Zaouia de Tamegroute demain pour livrer , entre les mains de son cheikh , notre rissalate houdour amamna(1) . Mettez à sa disposition les moyens nécessaires pour bien mener sa mission ! – vous en êtes responsable !» . « Sam’e wa taa’e (2) ! votre honneur ! » s’empressa d’obéir le hagib , soulagé et presque déçu . Car l’’usage des convocations pour faire venir des personnes importantes , le cadi a toujours recours au service du personnel judiciaire de plus en plus élevé dans la hiérarchie. Habituellement ! C’est le premier des hagibs qui est chargé d’une telle mission. Cette fois çi ! la procédure est toute autre ! « Le cadi a ses raisons ! » se dit le hagib en sortant du palais et se dirigeant vers Dar ma’bit (3) de la kasbah ou logeait jilla .
Notes :
(1) Notre lettre de comparaitre devant nous .
(2) A vos ordres
(3) Dortoir

LE ROMAN DES NOBLES BEDOUINS
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Le hagib qui devait remettre le kitāb (1) avec le kḫātam (2) du cadi au prince Jilla ,
réfléchissait à sa nouvelle mission . « Puisque le Cadi a décidé de changer la procédure habituelle en désignant un autre porteur que lui ! il doit s’assurer de l’exécution complète de cet ordre de haute importance . Pour cela : il doit désigner deux honorables mouhtaramine (4) devant accompagner le porteur qui doivent attester qu’il a bien transmis le message ! car sa responsabilité est lourdement engagée.»
Chemin faisant vers Dar Diafa (3) , il déroula le parchemin et lut :
« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. De Hassani ben Ngadi , Cadi de Zagora au noble prince Jilla de Tafilalat mandaté par nous. , Amène le Chérif cheikh Naceri de la Zaouia de Tamegroute ou son khalifa (5).
Agis sans tarder si Dieu le veut ! Que le salut soit sur toi ! ». La lettre est datée à Zagora et signée du sceau du cadi. Jilla discutait avec Si Ahmed le chantre soudani sur son retour au ksar des m’hadid et rejoindre son idylle : la belle zahra dont il languit de la voir . Etant mis au parfum par Jilla sur leur aventure, Le vieux noir écoutait en souriant. Profitant d’une pause des confidences de Jilla , il posa sa main sur l’ épaule du prince et lui dit : « Noble prince ! Allah est avec toi et te protège ! tu mérites tant de bonheur ! Rejoint ta dulcinée et mariez vous ! Son ksar est tout prés d’oum Assel , fief de ta tribu ! » Ému par la confiance du prince , il se tut un instant et lui confia amer « Quant à moi ! Ma vie s’est arrêtée avec l’assassinat de Si Mansour , notre feu Raiis kafila était mon maitre et mon fidèle ami ! » Jilla troublé lui répondit suppliant : « Viens avec moi au ksar M’hadid ! Zahra serait très contente d’entendre ton luth lui chanter les délices et merveilles de Tombouctou ! Puis arrêtons de parler sur l’avenir ! Advienne que pourra ! Allah seul a le secret » Si Ahmed , cachant son amertume , reprit son goumbri , posé sur ses rachitiques genoux noirs et allait vibrer sa corde quand soudain le hageb du Cadi fit irruption dans la dar diafa .
« Seigneur ! seigneur ! Le cadi a une mission pour vous ! » dit le hageb en lui remettant le parchemin ! » et il ajouta précis , pendant que jilla lisait : « vous partirez demain dés l’aube pour Tamegroute ! Deux Mouhtaramine () t’accompagneront et sous la protection d’une escorte du cadi !»
Si Ahmed et Jilla se regardèrent et éclatèrent de rire !

Notes :
(1) Billet
(2) Sceau
(3) Salle des invités
(4) Respectables
(5) Adjoint
(6) Notables

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